Recherche sur les CAR T-cells : une structuration nationale dynamique

Les thérapies par cellules CAR-T constituent une avancée majeure dans le traitement de certains cancers, en particulier les hémopathies malignes. Leur développement au cours des dernières années a profondément transformé les approches thérapeutiques, tout en soulevant des enjeux scientifiques, organisationnels et industriels importants.

Ces innovations reposent sur des procédés complexes, à l’interface de la recherche fondamentale, de la bioproduction et de la clinique, nécessitant une coordination étroite entre de nombreux acteurs : chercheurs, cliniciens, industriels, autorités de santé et patients.

La recherche sur les cellules T chimériques à récepteur d'antigène (CAR T-cells) est une priorité majeure pour l’Institut, désireux de stimuler et de favoriser l'innovation dans ce champ. Ces objectifs sont inscrits dans la Stratégie décennale de lutte contre les cancers 2021-2030. Il est essentiel de coordonner une politique nationale sur les questions relatives à cette thématique et d'identifier les freins et leviers sur lesquels l’Institut pourrait agir. 

Dans ce contexte, l’Institut national du cancer a engagé une démarche structurée pour soutenir la recherche académique et organiser l’écosystème national. Cette dynamique a conduit à la mise en place d’un réseau dédié, aujourd’hui incarné par le consortium UNITC.

CAR-T cells : Repères historiques clés

  • Années 1990–2000 : premières recherches sur les cellules CAR-T
  • 2012 : premiers succès cliniques marquants chez des patients atteints de leucémies
  • 2017 : premières autorisations de mise sur le marché aux États-Unis
  • 2018–2019 : autorisations en Europe et déploiement progressif en France
  • 2021-2023 : premiers essais de thérapies par CAR-T cells sur des tumeurs solides et dans des maladies auto-immunes
  • Aujourd’hui : développement de nouvelles générations (CAR-T allogéniques, CAR in vivo)

Un cadre juridique pour l'utilisation des CAR T-cells en France

Les avancées dans ce domaine soulèvent de nombreuses questions d’ordre éthique, pratique et juridique. Pour y répondre, et à la demande du ministère en charge de la Santé, l’Institut a réuni en 2017 l’ensemble des acteurs (scientifiques, cliniciens, professionnels de la santé, sociétés savantes, institutionnels, laboratoires pharmaceutiques) impliqués dans l’utilisation et la recherche sur ces thérapies, afin d’engager des discussions et proposer des pistes de travaux à mener. Toutes les questions liées aux CAR-T cells ont été discutées, notamment sur leur utilisation et la gestion des stratégies thérapeutiques et du profil d'innocuité, ainsi que l'organisation des soins et la recherche.

En s’appuyant sur ces réunions, la Direction des recommandations et du médicament de l’Institut a mené un travail collaboratif pour définir les critères d’utilisation des CAR-T cells au niveau national. Ces critères définissent des prérequis en termes réglementaires – plateau technique, transports (avant et après transformation) – et de ressources humaines – qualifications, compétences des personnels médicaux et paramédicaux – pour des CAR-T cells utilisés dans les indications de leur AMM. Ce cadre juridique a fait l’objet d’un arrêté, daté du 28 mars 2019 et modifié le 8 août 2019.

Le prélèvement des lymphocytes chez les patients éligibles au traitement par des CAR-T cells autologues ne peut être réalisé que dans un établissement autorisé à prélever des cellules à des fins thérapeutiques conformément aux articles R. 1242-8 et suivants du Code de la Santé publique. Le stockage des cellules prélevées est organisé dans l'attente de leur prise en charge par l'établissement pharmaceutique exploitant l'autorisation de mise sur le marché.

Par ailleurs, l’arrêté du 30 avril 2019 et l’arrêté du 8 juillet 2019 précisent que la prise en charge du tisagenlecleucel et de l’axicabtagene ciloleucel par l’assurance maladie est subordonnée au recueil et à la transmission de certaines informations relatives à la prescription de ces produits et au suivi des patients à l’Agence technique de l’information sur l’hospitalisation (ATIH).

Enfin, l'arrêté du 19 mai 2021 limite l'utilisation des CAR-T cells autologues à certains établissements de santé, et en dresse la liste des critères requis.

Un groupe de travail dédié à la recherche académique sur les CAR-T cells

Dans la continuité des échanges de 2017, initiés par l’Institut à la demande du Pr. Agnès Buzyn, alors ministre des Solidarités et de la Santé, et réunissant l’ensemble des acteurs impliqués dans l’utilisation et la recherche sur cette technique, un groupe de travail dédié à la recherche académique sur les CAR-T cells a été constitué.

En 2018 et 2019, l'Institut a animé les travaux de trois sous-groupes de travail dédiés :

  • à la recherche fondamentale et translationnelle ;
  • aux prérequis de produits et de production ;
  • à la recherche clinique.

La restitution de l’ensemble de ces travaux a été présentée au cours d'un séminaire national sur les cellules CAR-T organisé le 15 avril 2019, en lien avec les acteurs nationaux : Direction générale de l'organisation des soins (DGOS), Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM), Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), Haute Autorité de santé (HAS), chercheurs académiques, et avec la participation d’experts internationaux : European Hematology Association (EHA), European Society for Blood and Marrow Transplantation (EBMT), chercheurs académiques.

Au-delà des priorités nationales pour la recherche académique sur les cellules CAR-T, les principales problématiques alors soulevées et qui restent d’actualité concernent la production des vecteurs nécessaires, les bonnes pratiques de fabrication (BPF) , les aspects réglementaires, le transfert à la recherche clinique, le financement de projets coûteux et le suivi épidémiologique et biologique des patients.

Labellisation d'un réseau national de recherche sur les CAR-T cells : le consortium UNITC

Un appel à candidatures lancé en 2023

La France dispose d'excellentes structures et équipes dans le domaine de la recherche sur les CAR-T cells, mais cette recherche peine à être reconnue au niveau international et à faire passer les CAR-T cells académiques à la phase de développement clinique. Pour soutenir la structuration de la recherche académique sur les CAR-T cells en cancérologie, l'Institut a lancé un appel à candidatures intitulé "Labellisation d’un réseau national de recherche sur les CAR-T cells et autres thérapies géniques innovantes en cancérologie" en 2023.

Suite à cette diffusion, le consortium national de recherche sur les thérapies cellulaires (UNITC) a déposé un dossier de candidature pour faire de la France un acteur majeur de la recherche sur les CAR-T cells. Le comité international d'évaluation scientifique a considéré que cette candidature répondait aux objectifs généraux définis dans l'AAC et, conformément à son avis, l'Institut a labellisé le consortium UNITC le 24 avril 2024.

Cette labellisation d’une durée de trois ans, assortie d’un financement de 300 000 euros, doit permettre de répondre aux défis posés par les connaissances actuelles et d'anticiper les besoins sur les années à venir.

En savoir plus sur l'AAC ReCAR-Tcells24

Gouvernance et structuration du réseau UNITC

Labellisé en 2024, UNITC constitue aujourd’hui le principal réseau national dédié à l’avancement de la recherche sur les CAR-T cells et, plus largement, sur les thérapies géniques innovantes.

Le consortium est coordonné par Roch Houot, Marion Alcantara et André Baruchel.

La gouvernance d’UNITC traduit une volonté d’intégration de l’ensemble de l’écosystème national. En effet, le comité de pilotage rassemble six entités constituantes,  les structures françaises d'excellence suivantes :

  • la Société française d'immunothérapie du cancer (FITC) ;
  • l’Institut Carnot CALYM (consortium pour l'accélération de l'innovation et son transfert dans le domaine des lymphomes) ;
  • l’Institut Carnot OPALE (organisation pour le partenariat dans les leucémies) ;
  • le registre DESCAR-T, registre national des patients traités par CAR-T cells en France ;
  • la Société française d'immunologie (SFI) ;
  • la Société francophone de greffe de moelle et de thérapie cellulaire (SFGM-TC).

Cette gouvernance est complétée par des représentants des patients. Cette structuration témoigne du positionnement d’UNITC comme réseau national intégré, multi-acteurs et évolutif.

Objectifs du réseau UNITC

UNITC poursuit cinq missions principales :

  1. Fédérer les recherches fondamentale, translationnelle et clinique
  2. Apporter un soutien stratégique, opérationnel et financier
  3. Renforcer les connexions nationales et internationales
  4. Valoriser l’expertise française
  5. Former et informer pour accroître l’attractivité du domaine

Un réseau dynamique structuré en groupes de travail

Pour répondre à ces objectifs, UNITC s’appuie sur six groupes de travail (GT), dont les co-pilotes constituent le comité scientifique. Ces groupes couvrent l’ensemble de la chaîne de valeur des thérapies CAR-T :

  • GT1 – Recherche fondamentale et préclinique
  • GT2 – Recherche translationnelle et biomonitoring
  • GT3 – Bioproduction
  • GT4 – Développement clinique et données de vie réelle
  • GT5 – Valorisation et médico-économie
  • GT6 – Formation, engagement des patients et Europe

Actualités et avancées après un an d’activité

Après un an d’existence, UNITC apparaît comme un réseau fortement structuré et en production scientifique active :

  • activation des six groupes de travail avec feuilles de route opérationnelles ;
  • premières publications scientifiques et recommandations nationales ;
  • organisation d’événements et workshops ;
  • harmonisation de pratiques (bioproduction, immunomonitoring) ;
  • renforcement des partenariats académiques, institutionnels et industriels ;
  • montée en visibilité nationale et internationale.

Cette dynamique confirme le rôle d’UNITC comme plateforme de coordination stratégique de la recherche française sur les thérapies cellulaires.

Une priorité émergente : les CAR-T in vivo

Parmi ses axes structurants récents, UNITC a mis en place une task force dédiée aux CAR-T in vivo, qui constituent un enjeu stratégique majeur.

Les CAR in vivo visent à modifier directement les cellules immunitaires du patient dans l’organisme, sans passer par une production ex vivo. Cette approche représente une rupture technologique susceptible de :

  • simplifier les procédés de fabrication ;
  • réduire les coûts ;
  • élargir l’accès aux traitements.

Dans ce contexte, la task force UNITC poursuit plusieurs objectifs :

  • attirer des essais cliniques industriels en France ;
  • développer des projets académiques jusqu’au "first-in-human" ;
  • structurer les interactions avec les autorités réglementaires ;
  • renforcer la recherche translationnelle sur de nouvelles cibles.

La structuration impulsée par l’INCa et portée par UNITC démontre la capacité de l’écosystème français à se fédérer autour des thérapies innovantes. Dans ce contexte, UNITC s’impose comme un acteur central et évolutif au cœur de la stratégie française en thérapies cellulaires et géniques

Le développement d'un réseau fort dédié à l'avancement des thérapies cellulaires n'est pas seulement une quête scientifique ou clinique. En favorisant la collaboration, en accélérant l'innovation et en élargissant l'accès aux traitements de pointe, un tel réseau constitue une clé pour ouvrir de nouvelles perspectives dans la lutte contre le cancer. En structurant et en pilotant ainsi la recherche sur les CAR-T cells, le consortium UNITC espère faire de la France un acteur majeur de la recherche dans ce domaine.

En savoir plus sur UNITC

En la matière, la France dispose d’atouts majeurs sur lesquels UNITC peut s’appuyer :

  • une forte activité clinique et un recours important aux CAR-T commerciaux ;
  • une expertise reconnue en recherche clinique avec des groupes coopérateurs forts ;
  • le registre DESCAR-T, base de données de référence.

Le registre DESCAR-T est un registre spécifique créé pour enregistrer et suivre les patients traités par CAR-T cells commerciaux. Ce dispositif d’enregistrement et de suivi des CAR-T regroupe actuellement les industriels Gilead, Novartis et Bristol-Myers-Squibb, ainsi que les groupes d’experts LYSA, IFM, GRAALL, SFCE et SFGM-TC. Il comptait 5852 patients inclus sur 41 centres autorisés en date du 01/09/2025 :

  • LBCL 3L+ : 40%
  • LBCL 2L : 26%
  • FL : 6%
  • MCL : 6%
  • LAL B : 6%
  • Myélome : 16%

Les CAR-T cells et le projet T2EVOLVE

L'Institut participe à T2EVOLVE ("Accelerating development and improving access to CAR and TCR engineered T cell therapy" - Accélérer le développement et améliorer l'accès à la thérapie cellulaire CAR et TCR), une entreprise commune européenne pilotée par l'Initiative en matière de médicaments innovants (IMI). L'IMI est un partenariat public-privé de l'Union européeene qui finance l'innovation dans le domaine de la santé et de la recherche, et qui est actuellement en cours de transition vers l'initiative en matière de santé innovante.

Lancé opérationnellement en janvier 2021, T2EVOLVE est un projet d'une durée de 5 ans. Sous la codirection et la coordination du Pr Michael Hudecek, MD (Universitätsklinikum Würzburg, Allemagne) et du Dr Hélène Negre, PhD (Servier Iris et chef de projet EPFIA), T2EVOLVE vise à résoudre plusieurs problèmes liés à l'accès aux cellules T modifiées en Europe : coût de fabrication, manque de standardisation entre les essais cliniques dans ce domaine, besoin de biomarqueurs pour mieux prédire la sécurité et l'efficacité de ces thérapies, équité d'accès dans les différents pays et systèmes de soins de santé en Europe.

L'Institut est responsable de plusieurs tâches dans deux modules de travail :

  • le WP2, qui traite spécifiquement du besoin d'information des patients, de leur engagement et de leur participation aux décisions de santé dans le domaine des cellules T modifiées. L'objectif final de ce WP est de fournir un livre blanc à la Commission européenne résumant les obstacles à l'accès aux cellules T modifiées en Europe et suggérant des sources de levier pour y remédier ;
  • le WP5, qui traite des besoins de normalisation des pratiques analytiques dans ce domaine, dans le but d'améliorer la prédiction et la comparaison de la sécurité et de l'efficacité des produits. L'objectif final de ce groupe de travail est de fournir des lignes directrices pour la normalisation des essais analytiques, qui seront largement distribuées aux principales parties prenantes en Europe.

En savoir plus sur le projet T2EVOLVE

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